Article de Joël Tanguy

Avant-propos : en acceptant de réfléchir à cette question, je ne savais pas vers quoi je m’embarquais, d’autant que c’est un sujet que je ne maîtrise pas et sur lequel je n’ai pas particulièrement enrichi mes connaissances. Je n’avais donc pas trop d’idées préconçues et c’est peut-être l’intérêt de l’exercice, puisque la lecture des documents que j’ai pu glaner ne correspond pas forcément à ce qui est véhiculé par la vox populi. En italique : mes remarques personnelles

 

  1. 1.     Les migrants en Normandie (source Normandie 76 actu) ?

L’INSEE a publié (19 avril 2017) des chiffres concernant la répartition de l’immigration en France. En 2010, en Normandie les immigrés représentaient 3,7 % de la population, ce qui nous plaçait au 11e rang sur 13 régions. Au 1er janvier 2012 la France comptait 5,7 millions d’immigrés sur 65,2 millions d’habitants, soit 8,7 %.

En Normandie on recensait 120 000 immigrés soit 3,7 % de la population.
En France en 2012 38 % des immigrés vivaient dans l’aire urbaine de Paris « cela donne 2 millions d’immigrés pour 8,5 millions de Français ». Dans Paris et sa proche périphérie une personne sur 5 (19,4 %) étant immigrés.

L’INSEE en conclut que la Normandie accueille moins d’immigrés, en proportion de sa population que la plupart des régions françaises. Les flux d’immigration depuis un 1950 sont relativement faibles mais la région se distingue dans les années 1980 par l’origine des nouveaux arrivants. L’ouest de la région accueille une immigration principalement d’origine britannique, guidée avant tout par un choix résidentiel. Immigrés notamment les seniors sont attirés par les conditions de vie qu’offre le territoire.

Les chiffres que j’ai pu recueillir sont certes un peu anciens pour la Normandie, mais ils sont également significatifs car ils démontrent que l’on est une région accueillant peu d’immigrés et de plus accueillant surtout des immigrés européens (britanniques). Je n’ai pas pu repérer l’effet sur la Normandie et particulièrement sur notre littoral ex Haut-Normand de la fermeture de la jungle de Calais.

 

2. Reprenons d’abord le programme d’en marche pendant la campagne présidentielleDans le chapitre immigration et asile, il était indiqué que l’Europe fait actuellement face à une crise migratoire sans précédent :

- Les désordres mondiaux, la violence des conflits au Proche-Orient, la complexité de la situation économique et politique dans la zone sahélienne, l’effondrement de l’État libyen et les écarts de richesse entre le Nord et le Sud concourent à une pression migratoire très importante sur les pays de l’union européenne.
- Le devoir de l’Europe d’offrir l’asile à ceux qui sont persécutés et demandent sa protection. Il est aussi d’aider à traiter les causes des mouvements migratoires–sous-développement, famines, désordres climatiques. Mais l’Union européenne ne peut accueillir sur son sol tous ceux qui sont en quête d’une vie meilleure.
- Dans ce contexte la France doit prendre sa juste part dans l’accueil des réfugiés. Elle doit délivrer des titres à tous ceux dont elle juge qu’ils ont droit à l’asile sur son territoire. Ceux qui en revanche ne remplissent pas les conditions pour se voir attribuer un tel titre et en conséquence, demeurer sur notre territoire, doivent pouvoir être effectivement reconduits à la frontière.
- L’immigration ne se résumant pas la question des réfugiés, la priorité doit être portée par ailleurs sur l’intégration, dans le respect des équilibres locaux et nationaux

 

Propositions :

Objectif 1 : Une priorité absolue, l’intégration…

  1. Nous proposerons que chaque étranger en situation régulière arrivant en France ait droit à une formation linguistique suffisante pour atteindre le niveau B1 (niveau qui permet la naturalisation)
  2. Nous mettrons en place des programmes locaux d’intégration
  3. Objectif 2 : Une immigration de la connaissance à promouvoir…
  4. Nous allégerons les procédures et durant les délais d’obtention des visas « talent », pour améliorer l’attractivité de la France dans la compétition internationale pour attirer les talents étrangers (créateurs d’entreprises, d’investisseurs, de chercheurs ou d’artistes)
  5. Nous développerons les visas de circulation pour les professionnels (entreprises, scientifiques…) : ceci devrait être inscrit dans une liste de bona fide établi sous la responsabilité de la chambre de commerce locale ou du service économique régional de l’ambassade afin de permettre un traitement rapide des dossiers
  6. Nous simplifierons les modalités d’accès au travail pour tous les étudiants titulaires d’un Master en France

Objectif 3 : Une France qui assume sa juste part dans l’accueil des réfugiés tout en reconduisant plus efficacement à la frontière ceux qui ne sont pas acceptés…

  • Nous réformerons les conditions d’examen des demandes d’asile avec l’objectif d’assurer une prise de décision 8 semaines pour toutes les demandes
  • Nous réformerons les modalités de recours contre les décisions de refus. En cas de recours le jugement interviendra dans un délai de 6 à 8 semaines

Objectif 4 : Une Europe qui protège ses frontières dans le respect de ses valeurs…

  • Nous renforcerons le corps de police des frontières européen, en lui donnant une capacité de surveillance de protection durables des frontières extérieures. Il faut fixer une ambition de 5000 hommes mobilisables par la nouvelle agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes.
  • Nous développerons des actions et des projets dans les principaux pays de départ et de transit des migrants, de manière complémentaire et additionnelle à notre aide au développement, en appuyant également l’installation de points de contrôle dans ces pays avant l’arrivée dans l’UE, l’aide à la lutte contre les passeurs et  le retour des migrants non autorisés à entrer dans l’UE.

 

3. Quelques chiffres en Europe. La part de la France.

En Europe la part des immigrés correspond à moins de 7 % d’étrangers. Sur 507 millions d’habitants dans l’union européenne, 34,1 millions sont des ressortissants étrangers n’ayant pas la nationalité de leur pays de résidence selon les chiffres d’EUROSTAT datant de fin 2015 et portant sur 2014.

Parmi eux 14,3 millions sont des ressortissants d’un autre État membre de l’union européenne et 19,8 millions viennent de pays hors UE selon Eurostat toujours.

L’immigration de personnes hors UE, représente donc 55,13 % du total des personnes considérées comme immigrés en Europe soit 3,9 % du total de la population européenne. Ce chiffre est intéressant car il est assez contradictoire avec l’image d’invasion qui est véhiculée de manière très régulière.

C’est le Luxembourg qui compte la part la plus élevée d’étrangers dans sa population (45,3 %). La proportion est supérieure  à 10 % à Chypre (19,5 %) en Lettonie (15,2 %), en Estonie (14,9 %), en Autriche (12,5 %), en Irlande (11,8 %), en Belgique (11,3 %), et en Espagne (10,1 %).

5 pays ont des taux inférieurs à 1 % : la Pologne, la Roumanie, la Croatie, la Lituanie et la Bulgarie.

 Parmi les Européens résidant dans un autre pays de l’UE, les Polonais sont dans le top 5 des nationalités étrangères dans 10 pays. Suivent les Allemands (dans 9 pays), italiens et roumains (8). Parmi les ressortissants non UE, les ukrainiens sont dans le top 5 dans 9 pays, les Turcs et les Russes dans 7.

 Permis de séjour :
Quelque 2,6 millions nouveaux permis de résidence ont été délivrés dans l’UE à des citoyens de pays tiers (hors UE) en 2015 selon les derniers chiffres d’Eurostat.

Le nombre le plus élevé (633 000) a été accordé par le Royaume-Uni.
Ensuite la Pologne (541 600), la France (226 600), l’Allemagne (194 800), l’Espagne (192 900) et l’Italie (178 900).

Travailleurs détachés :
Le nombre de travailleurs détachés dans l’UE était de 2,0 5 millions en 2015 selon un récent rapport de la commission européenne, en hausse de près de 60 % depuis 2010. Il s’agit d’Européens envoyés dans un autre État membre par leur employeur à titre temporaire (4 mois moyenne). Ils représentent moins de 1 % du nombre total d’emplois en Europe. Selon des chiffres de 2014, le secteur de la construction regroupe environ 44 % des détachements. C’est l’Allemagne qui accueille le plus de travailleurs détachés (418 908 en 2015) suivie de la France (177 174), et de la Belgique (156 556).

Flux migratoires :
L’UE a connu en 2015 et 2016 un afflux exceptionnel de centaines de milliers de migrants arrivant par la Méditerranée, fuyant pour la plupart la guerre et l’insécurité dans leur pays. Selon l’organisation internationale pour les migrations plus d’un million de personnes sont arrivées en 2015 dont plus de 850 000 via les côtes grecques, venant en majorité de Syrie (56 %), d’Afghanistan (24 %) et d’Irak (10 %). En 2016, le total d’arrivée par la mer a chuté à plus de 363 000. Cela s’explique par un accord conclu en mars 2016 avec la Turquie mais l’afflux atteint lui un niveau record en 2005 sur les côtes italiennes avec plus de 180 000 arrivées.

Contrairement aux migrants débarqués en Grèce, qui peuvent prétendre au statut de réfugiés, ceux qui rejoignent l’Italie, venant d’Afrique subsaharienne le plus souvent, sont surtout des migrants économiques aux yeux de l’UE.

Demande d’asile :
Plus de 1,2 millions de demandes d’asile ont été recensés les pays de l’UE en 2016 soit un nombre proche du record de 1,26 millions de 2015 selon Eurostat. Les Syriens (334 800), les Afghans (183 000) et les Irakiens (127 000) sont restés les 3 principales nationalités des demandeurs.
L’Allemagne est toujours de loin le pays où le plus de nouvelles demandes ont été enregistrées (722 300 en 2016, soit 60 % du total), devant l’Italie (121 200) la France (76 000) et la Grèce (49 000).

À titre d’information, signalons que les 76 000 demandeurs d’asile en France représentent 0,01 % de la population française.

 

Impact des réfugiés sur l’économie fin 2015 :
La commission européenne a estimé que l’afflux de réfugiés « s’il est géré correctement, aura un léger effet favorable sur la croissance dans le court et moyen terme ». Selon elle, il devrait provoquer des « hausses de dépenses publiques dans la plupart des états membres », mais la hausse attendue de la main-d’œuvre « pourrait aussi se traduire par de l’emploi supplémentaire, une fois que les réfugiés avec suffisamment de compétences entreront sur le marché travail ».

Il est intéressant si l’on regarde ces quelques chiffres, de voir que les pays les plus opposés à l’immigration sont souvent ceux qui sont les moins concernés directement et qu’il s’agit avant tout d’une peur : peur d’être envahi, peur de perdre ses repères, ses valeurs….

 

4. La situation actuelle au gouvernement et à en marche

Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, a annoncé une loi visant une Refondation complète de la politique d’asile et d’immigration souhaitée par Emmanuel Macon. Il prépare un texte qui n’arrivera à l’assemblée qu’au printemps prochain. Cependant, son projet de loi inquiète de nombreuses associations, les élus de gauche et même certains députés L.R.E.M.

Après une levée de boucliers d’associations contre la circulaire prévoyant un recensement des migrants dans les sens d’hébergement d’urgence, le sujet a agité la réunion du groupe majoritaire fin décembre (voir libération 19 décembre 2017).

Le ministre prévoit de doubler la période maximale de rétention, de réduire les possibilités de recours, d’introduire une notion de « pays tiers sûr » ou les déboutés pourraient  être renvoyés, selon projet de texte.

Le ministre prévoit une concertation avec les députés.

À noter qu’une députée normande Sonia KRIMI (député LREM de la Manche) a interpellé frontalement Gérard Collomb sur les migrants et s’est fait applaudir par la France insoumise en disant : « les centres de rétention deviennent des centres de détention » et sont « indignes de la république ».

Quelques minutes plus tard devant la presse, Sonia KRIMI a tenu à relativiser son initiative, martelant qu’elle ne souhaitait que rappeler les engagements d’Emmanuel Macon. « Je ne suis pas particulièrement inquiète, je souhaite juste préciser. Depuis la campagne Emmanuel Macon, on était très clair sur le sujet. Alors j’exprime aujourd’hui une voix de la majorité » a-t-elle expliqué, un brin embarrassée,  au micro du Huffington post (voir la vidéo sur Internet).

 

Cette question est donc particulièrement complexe, puisqu’elle mêle des sentiments avec des statistiques, qui apparemment ne fonctionnent pas dans le même sens. Au premier regard, en écoutant le président dans ses différents discours, en relisant le programme, à titre personnel je ne vois rien qui soit aujourd’hui  contradictoire, mais il faudra être vigilants, car pour nous le programme est le socle d’adhésion et de vote envers le président Macon.

Cela pose plusieurs questions :

-  Comment sur une telle question articuler le « et en même temps », être humaniste avec ceux qui sont demandeurs d’asile et ferme avec les réfugiés économiques ?

Comment distinguer de manière humaine les réfugiés politiques des réfugiés économiques (ce n’est bien entendu pas toujours aussi simple) ?

Comment prendre en compte l’inquiétude de la population tout en l’informant sur la réalité du problème : par exemple, si l’Allemagne a tant fait rentrer d’immigrés c’est qu’elle en avait besoin par manque de main-d’œuvre… ?

 

  1. J TANGUY